Le Petit Prince – Dessine-moi un mouton (Acte I #4)



L’AVIATEUR:
– Les grandes personnes, elles ne comprennent rien toutes seules, et c’est très fatiguant pour les enfants de toujours et toujours leur donner des explications.

Lever du soleil

LE PETIT PRINCE:
– S’il vous plaît, dessine-moi un mouton.
Dessine-moi un mouton.

L’AVIATEUR:
– Mais qu’est-ce que tu fais là?

LE PETIT PRINCE:
– S’il vous plaît, dessine-moi un mouton.

L’AVIATEUR:
– Oh! Tu sais, j’ai surtout étudié la géographie, l’histoire, le calcul… je ne sais pas dessiner.

LE PETIT PRINCE:
– Ça ne fait rien, dessine-moi un mouton.

L’AVIATEUR:
– Écoute… le seul dessin dont je sois capable, c’est ça. Regarde, viens, viens…

LE PETIT PRINCE:
– Non, je ne veux pas d’un éléphant dans un boa. Un boa, c’est très dangereux, et un éléphant, c’est très encombrant. Chez moi c’est tout petit. J’ai besoin d’un mouton. Dessine-moi un mouton.

Celui-là est déjà très malade. Fais-en un autre.

C’est pas un mouton, c’est un bélier. Il a des cornes.

Oh! Celui-là est trop vieux. Je veux un mouton qui vive longtemps.

L’AVIATEUR:
– Ça c’est la caisse, le mouton que tu veux est dedans.

LE PETIT PRINCE:
– Ah! C’est tout à fait comme ça que je le voulais. Mais crois-tu qu’il faille beaucoup d’herbe à ce mouton?

L’AVIATEUR:
– Pourquoi?

LE PETIT PRINCE:
– Parce que chez moi, c’est tout petit.

L’AVIATEUR:
– Ça suffira sûrement, je t’ai donné un tout petit mouton.

LE PETIT PRINCE:
– Pas si petit que ça. Tiens, il s’est endormi…

Coucher de soleil

LE PETIT PRINCE:
– Qu’est-ce que c’est que cette chose-là?

L’AVIATEUR:
– Ça, mais ce n’est pas une chose, ça vole, c’est un avion. C’est mon avion.

LE PETIT PRINCE:
– Comment, tu es tombé du ciel, toi aussi?

L’AVIATEUR:
– Mais d’où viens-tu, mon petit bonhomme?

LE PETIT PRINCE:
– Ce qui est bien, avec la caisse que tu m’as donnée, c’est que la nuit ça lui servira de maison.

L’AVIATEUR:
– Et… et je te donnerai une corde pour l’attacher le jour, et un piquet.

LE PETIT PRINCE:
– Mais où veux-tu qu’il aille?

L’AVIATEUR:
– Mais n’importe où, droit devant lui.